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La mode est-elle une « affaire de femme » ?




Pourquoi la mode est-elle majoritairement associée au sexe féminin ?


Pourquoi la femme se sentirait plus concernée par son apparence physique que l’homme ? A l’heure de la société de l’image et des réseaux sociaux où le rôle de l’apparence physique semble prendre toujours plus d’ampleur, comment se fait-il que la mode soit toujours associée d’une façon plutôt naturelle au sexe féminin ?


Pour m’aider dans ma quête de réponses, j’avais envie de faire participer ma communauté à cet article grâce à un questionnaire. Suis-je la seule à être interpelée par ces questions ? Ou vous aussi, vous partagez mes nombreuses interrogations ? De plus, pour envisager la question sous tous ses angles, il était important que je puisse être confrontée à des opinions divergentes de la mienne alors toutes vos opinions étaient comme d’habitude les bienvenues !


Ce que vous pensez du rapport masculin à la mode.


Le questionnaire était composé de sept petites questions auxquelles vous pouviez le plus souvent répondre par oui ou par non en expliquant votre choix si vous le désiriez.

Vous pouvez voir ci-dessous les questions posées :

  1. Pensez-vous que les femmes ont plus de choix en matière de vêtements que les hommes ?

  2. Pensez-vous que la mode et l'apparence physique en général est un sujet de conversation plus courant chez les femmes que chez les hommes ?

  3. Pensez-vous que les femmes peuvent s'accorder plus d'extravagances dans le choix de leurs vêtements que les hommes ?

  4. Si vous deviez décrire une tenue typique "d'homme", comment la décririez-vous en quelques mots ?

  5. Pensez-vous que les femmes ont toujours accordé plus d'importance à la "coquetterie" que les hommes ?

  6. Si vous avez répondu non à la question précédente, savez-vous quel a été le moment déclencheur du délaissement de la mode par le sexe masculin ?

  7. Pensez-vous que les questions précédentes ont toujours du sens en 2020 ou que les mentalités ont changé sur ce point ?


Comme vous pouvez le constater, les questions tournaient autour du thème « Mode et masculinité ». Elles étaient pour la plupart assez simples et ne demandait que vos avis.

Pour commencer, vous avez été une grande majorité à me répondre que selon vous, les femmes avaient plus de choix que les hommes en matière de vêtement.

Il est vrai qu’il suffit de faire un peu de shopping dans les boutiques spécialistes du vêtement masculin pour se rendre compte qu’il existe beaucoup moins de diversité dans les produits proposés aux hommes que dans les produits féminins. Aujourd’hui pour s’habiller, les femmes peuvent opter pour le pantalon (après avoir parcouru un long chemin rempli d’embûches), la longue jupe, la mini-jupe, la robe, la combinaison, le short etc. Sans compter tous les accessoires à y ajouter. Alors que de son côté, l’homme oscillera entre le pantalon et le short pour les beaux jours : même si les moeurs évoluent tous les jours un peu plus, de mon point de vue, la différence reste flagrante.

Dans le questionnaire apparaissait cette question : Si vous deviez décrire une tenue typique « d’homme », comment la décririez-vous en quelques mots ?


Je vous joint juste en-dessous un petit extrait des réponses reçues.




C’est surtout dans un contexte de « monde du travail » que l’on peut observer la différence entre les possibilités et les extravagances « accordées » aux hommes et aux femmes. Dans ce contexte, les tenues sont plus conventionnelles et on a souvent l’habitude de se retrouver face à des sortes de « tenue type ». Pour le sexe masculin, j’imagine que vous avez déjà tous cette tenue en tête. Cela se traduit par un pantalon, une chemise que l’on rentrera la plupart du temps dans le pantalon, avec peut-être une cravate et/ou une veste. Sans parler bien sûr, du traditionnel costume ou smoking.


Cependant, vous n’avez été qu‘à peine plus de la moitié à me confirmer que selon vous, le sexe féminin pouvait s’accorder plus d’extravagance dans l’habillement. En effet, il est beaucoup ressorti que même s’il existait certains contextes où les tenues étaient toujours assez conventionnelles, pour la majeure partie du temps l’évolution des moeurs fait qu’aujourd’hui les hommes sont beaucoup moins, voir plus jugés du tout, lorsqu’ils s’accordent des extravagances vestimentaires.


A la dernière question : Pensez-vous que les questions précédentes ont toujours du sens en 2020 ou que les mentalités ont changé sur ce point ? Vous avez été seulement 56,3% à me répondre que ces questions ont du sens car il existe toujours une différence entre le rapport féminin et le rapport masculin à la mode et plus généralement à l’apparence physique.

J’avoue que j’ai été quelque peu surprise par ces réponses car partageant cet avis, je m’attendais à une majorité largement plus écrasante.

Ainsi, 31,3% d’entre vous ont répondu que ces questions ne sont plus d’actualité car l’évolution des mentalités fait qu’il n’existe plus de différences entre le rapport féminin et le rapport masculin à la mode. Et le reste ne pense ni l’un, ni l’autre, selon eux, la situation est en pleine évolution, elle tend à se rééquilibrer mais ça n’est pas encore une vérité que l’on peut affirmer : l’homme ne se sentirait alors pas encore autant concerné par les questions de mode que la femme mais cela serait pour bientôt.


Pensez-vous que les femmes ont toujours accordé plus d’importance à la « coquetterie » que les hommes ? Cette tendance est-elle en quelque sorte naturelle selon vous ?


Pour cette question, les avis étaient très partagés, nous sommes face à un véritable 50-50. Il ne faut pas se le cacher, nous avons depuis longtemps intériorisé l’association de la mode et de l’intérêt pour l’apparence physique au sexe féminin. Mais est-ce une vérité naturelle pour autant ?

Et si ce phénomène n’était pas si naturel que ce qu’on veut bien se laisser penser, d’où proviendrait-il ? Et surtout d’où proviendrait la désaffection masculine en ce qui concerne les questions de mode ?


C’est ce à quoi je vais tenter de répondre dans la suite de cet article, alors si comme moi la curiosité commence à beaucoup trop vous démanger, la suite devrait vous intéresser.


Point historique : la mode n’a pas toujours été une « affaire de femme ».


L’association des questions de mode au sexe féminin n’a rien de « naturel ». Ce phénomène est tout simplement le fruit du temps et de siècles d’Histoire.


En France, au cours de ce qu’on appelle aujourd’hui l’Ancien régime et surtout au XVIIe siècle, la mode était d’ailleurs majoritairement une « affaire d’homme ». En effet à cette époque, l’apparence physique était tout simplement la vitrine du pouvoir.

Il existait des lois dites « lois somptuaires » qui imposaient certaines tenues à certaines classes sociales.

On peut alors citer l’exemple de l’interdiction du velours pour les paysans de basse condition sociale pour ne pas qu’on les confonde avec des bourgeois.

Le costume constituait ainsi l’indicateur du rang social d’un homme.


Au XVIIe siècle, le costume est inspiré par la Renaissance et la mode italienne : luxe, raffinement des étoffes, fantaisies. Tout cela était influencé par l’Espagne et les découvertes en Amérique comme l’or, l’argent, les perles etc. mais aussi par le développement de nouvelles économies et manufactures florissantes en France.


Le vêtement masculin de l’époque était alors synonyme d’extravagance et ce, surtout sous Louis XIV. Extravagance, richesse, somptuosité, diversité des détails : le costume masculin est comme surchargé à côté des tenues féminines qui restent coquettes mais beaucoup plus simples. De plus, les tissus onéreux portés par la noblesse étant de plus en plus portés par la bourgeoisie, la noblesse ne peut s’empêcher de surenchérir de luxe et d’extravagance afin de ne pas être confondue avec ces derniers.


Le XVIIIe siècle, l’heure de la « Grande renonciation masculine ».


A partir du XVIIIe siècle, suite à la Révolution Française puis à la révolution industrielle, les silhouettes deviennent moins lourdes et volumineuses, les tenues sont moins chargées.


La Révolution Française introduit la notion d’égalité et supprime les privilèges. Toutes les classes sociales se mettent alors à porter le même style de costume. Entre les classes économiques et sociales, le style des vêtements ne diffère alors plus vraiment. Cependant, il restait facile de les distinguer grâce aux tissus utilisés. Les hommes de classes « supérieures » utilisent les soies, les brocarts ou encore le velours. Tandis que ceux issus de classes plus populaires et les paysans utilisent la laine et le coton, qui étaient bien sûr moins chers.


En 1930, John Carl Flügel, un psychanalyste britannique né à Londres en 1884, publie un livre nommé « The psychology of clothes ». Dans cet ouvrage, il nous livre sa théorie dite de « la grande renonciation masculine ». Selon lui, c’est à la fin du XVIIIe siècle que le vêtement masculin renonce aux formes raffinées, sophistiquées laissées dorénavant au seul vêtement féminin : les hommes renoncent ainsi à toute forme de coquetterie pour se consacrer à des occupations « plus sérieuses ».


En effet, suite à la Révolution Française et à l’avènement de la société industrielle, les hommes laissent alors de plus en plus tomber la ‘‘frivolité vestimentaire’‘ pour passer à une plus grande sobriété dans un but d’égalité citoyenne. Ainsi, le vêtement masculin devient utile et confortable : il se consacre aux « choses sérieuses » comme la fondation de nouvelles bases plus démocratiques dans la société tandis que les futilités et fantaisies sont laissées aux femmes qui n’ont bien sûr à ce moment-là pas encore accès à la citoyenneté.

De plus en plus, les hommes portent les cheveux courts et n’utilisent plus de poudre.

Le pantalon, héritage de la Révolution, est généralement porté et la culotte est petit à petit abandonnée.

Le costume masculin sobre, simple et utile devient alors un symbole d’égalité citoyenne.


De plus, la simplification de la tenue masculine est aussi inspirée de l’Angleterre et de sa monarchie parlementaire qui est, après la Révolution, un réel fantasme pour les nouveaux citoyens français car elle est associée aux libertés.


Parallèlement la tenue de la femme devient de plus en plus extravagante. L’homme ne pouvant plus se servir de son apparence comme reflet de son pouvoir, celle-ci étant consacrée à démontrer l’égalité citoyenne, l’apparence de sa femme devient le reflet de sa puissance et de sa richesse.


Peut-on toujours parler de « Grande renonciation masculine » aujourd’hui ?


Cette « grande renonciation masculine » est-elle dépassée en 2022 ? En 2022, pensez-vous que le masculin et le féminin sont sur un pied d’égalité total en matière d’habillement ?


Il y en a eu du chemin parcouru depuis la fin du XVIIIe siècle. Les mentalités ont et continuent d’évoluer chaque jour. Les femmes sont très loin d’être réduites à la vitrine de la richesse de leur époux et se sont battues pour leurs droits (et se battent toujours) comme par exemple pour l’acquisition de la citoyenneté.

Les hommes quant à eux, ne sont pas en reste et refusent de plus en plus de s’enfermer dans les codes (parfois obsolètes) de la masculinité. On peut d’ailleurs de plus en plus observer des tentatives d’élargissement des codes sociaux de la masculinité dans la mode. On peut citer par exemple certains créateurs comme chez Prada, Maison Margiela ou encore chez Dior Homme qui tentent de rendre le choix beaucoup moins restreint au simple smoking chez les hommes.


La nouvelle génération semble vouloir déconstruire peu à peu la binarité du vêtement pour enfin (ré)ouvrir le champ des possibles aux hommes d’aujourd’hui et de demain.


La mode est en perpétuelle évolution, elle évolue avec son temps mais surtout avec les mœurs de son époque. Le vêtement à la mode ne fait que s’y adapter. Si la mode est depuis quelques siècles catégorisée comme « une affaire de femme », ça n’a pas toujours été le cas et ça ne sera peut-être pas toujours le cas.


D’ailleurs, pour un grand nombre d’entre vous, en 2020, la mode ne peut plus être considérée comme une « affaire de femme ». En effet, les codes entre les deux sexes sont beaucoup moins lisibles qu’il y a quelques siècles, les vêtements unisexes explosent mais surtout la mode se consacre de plus en plus aux hommes et il le lui rende bien même s’il reste encore du chemin à parcourir…


Références: Christine Bard, livre « Une histoire politique du pantalon ». Eric Baschet, Krishnâ Renou, Georges Yoldjoglou, La mode, Histoire d’un siècle 1843-1944, Le livre de Paris, coll. « Les grands dossiers de l’illustration », 1987, 191 p.

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